Logotype Amélie Belgrand - Accompagnements et présence thérapeutique en France et en Suisse

Schémas répétitifs : pourquoi reproduit-on toujours les mêmes situations ?

« Je sais comment faire, je sais pourquoi mais dans la réalité, j’ai toujours du mal à dire «non », à ne pas procrastiner ou ne pas stresser… »

C’est une question que j’entends régulièrement en accompagnement. Une personne qui dit oui alors qu’elle aurait voulu dire non. Une autre qui se retrouve encore à trop en faire pour les autres. Une personne qui passe des heures à repenser à une conversation, à chercher ce qu’elle aurait pu dire ou faire autrement. Ou encore cette mère qui s’inquiète tellement pour son enfant qu’elle finit par ne plus profiter de sa propre vie.

Et souvent, derrière ces situations, il y a cette impression d’être bloqué. De comprendre beaucoup de choses, parfois même très bien, mais de ne pas réussir à faire autrement.

C’est une expérience assez décourageante. On peut finir par se dire : « Je suis comme ça », « Je manque de volonté », « Je devrais réussir à lâcher prise », « Il faut vraiment que je change ».

Pourtant, je ne crois pas que nous ayons besoin de nous juger pour comprendre nos schémas répétitifs. Ils ont généralement une histoire. Ils se sont construits pour nous aider à faire face à certaines situations et, à un moment donné, ils ont probablement été utiles.

Le problème est qu’une stratégie qui nous a aidés hier n’est pas nécessairement celle dont nous avons besoin aujourd’hui.

Quand vouloir aller mieux nous enferme parfois davantage

Prenons l’exemple d’une mère qui s’inquiète beaucoup pour son enfant. Son inquiétude part d’une intention profondément compréhensible : elle aime son enfant et souhaite qu’il aille bien. Lorsqu’elle sent qu’il rencontre une difficulté, son esprit se met en mouvement. Elle réfléchit, cherche des solutions, anticipe ce qui pourrait arriver, donne des conseils, pose des questions, vérifie.

Sur le moment, cela peut lui donner l’impression d’agir. Elle fait quelque chose face à son inquiétude.

Mais peu à peu, une boucle peut s’installer. Plus elle s’inquiète, plus elle cherche à contrôler. Plus elle cherche à contrôler, plus son enfant peut avoir envie de prendre de la distance. Cette distance augmente alors son inquiétude et renforce son besoin d’intervenir.

Et la boucle recommence.

Elle peut même finir par constater que son inquiétude prend tellement de place qu’elle dort moins bien, profite moins de ses journées et que sa relation avec son enfant devient plus tendue.

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que tout cela est parti de l’amour.

Elle ne cherche pas à devenir une mère anxieuse ou contrôlante. Au contraire. Si elle pouvait choisir, elle aimerait être une mère calme, sereine, présente et soutenante.

C’est là que se trouve une question essentielle : est-ce que la manière dont j’essaie de gérer mon inquiétude me rapproche de la personne que je souhaite être, ou m’en éloigne-t-elle ?

Cette question change beaucoup de choses.

Car le but n’est pas de supprimer l’inquiétude pour devenir enfin la mère parfaite. Il s’agit plutôt de retrouver une possibilité de choix, même lorsque l’inquiétude est présente.

Pourquoi les mêmes schémas répétitifs ?

Un schéma répétitif peut prendre de nombreuses formes. Dire oui pour ne pas décevoir. Éviter une conversation difficile. Chercher constamment à être rassuré. Ruminer une erreur passée. Vouloir tout anticiper. Se mettre énormément de pression. Prendre soin de tout le monde avant de s’occuper de soi. Chercher à contrôler ce qui ne dépend pas de nous.

Ce qui relie ces situations, c’est souvent une tentative de réduire un inconfort.

Je dis oui parce que dire non me met mal à l’aise. Je vérifie encore une fois parce que l’incertitude m’angoisse. Je réfléchis encore et encore parce que j’espère trouver la bonne solution. Je travaille davantage parce que j’ai peur de ne pas être à la hauteur.

Et parfois, cela fonctionne… pendant quelques instants.

Dire oui évite le malaise de décevoir. Vérifier rassure momentanément. Ruminer donne l’impression que l’on cherche activement une solution. Contrôler procure parfois une sensation de sécurité.

Mais ce soulagement à court terme peut avoir un coût à long terme.

C’est ainsi qu’un comportement peut progressivement devenir automatique. Une situation déclenche une émotion ou une pensée. Nous réagissons de la manière que nous connaissons. Cette réaction nous soulage momentanément ou nous donne l’impression de reprendre le contrôle. Puis la situation se reproduit… et nous faisons à nouveau la même chose.

Le schéma se renforce.

Et plus nous le répétons, plus il devient familier.

Comprendre la boucle sans juger

Je trouve important de ne pas aborder ces comportements avec jugement.

Nous avons souvent tendance à nous dire : « Je sais que je devrais lâcher prise », « Je sais que je devrais penser davantage à moi », « Je sais qu’il faudrait que j’arrête de ruminer ».

Mais savoir ne suffit pas toujours.

Notre mental peut comprendre parfaitement qu’une stratégie n’est plus adaptée et continuer pourtant à l’utiliser.

C’est un peu comme si une partie de nous disait : « Je sais que cela ne fonctionne pas très bien, mais je n’ai pas encore trouvé comment faire autrement. »

C’est là que la curiosité peut être beaucoup plus utile que le jugement.

Que se passe-t-il juste avant que je recommence ?

Qu’est-ce que je ressens ?

Quelle pensée apparaît ?

Qu’est-ce que j’essaie d’éviter ou de contrôler ?

Qu’est-ce que ce comportement m’apporte immédiatement ?

Et surtout : qu’est-ce qu’il me coûte lorsque je le répète ?

Dans l’exemple de cette mère, elle pourrait découvrir que son besoin de contrôler augmente lorsqu’elle ressent de l’impuissance. Lorsqu’elle ne sait pas ce que son enfant vit ou ce qui va se passer, son mental cherche désespérément une solution.

Elle pourrait alors commencer à reconnaître ce moment précis : « Je sens que mon inquiétude monte. Mon esprit cherche quelque chose à faire. »

Et cette simple observation crée déjà un petit espace.

L’ACT : retrouver une possibilité de choisir

C’est précisément ce que j’aime dans l’approche ACT, la thérapie d’acceptation et d’engagement.

L’objectif n’est pas de devenir quelqu’un qui ne ressent plus d’anxiété, de culpabilité, de peur ou d’inquiétude. Nous ne pouvons pas contrôler toutes les émotions qui traversent notre vie.

L’enjeu est plutôt de développer davantage de flexibilité psychologique : pouvoir ressentir ce qui est là tout en continuant à agir dans la direction de ce qui compte vraiment pour nous.

Dans l’exemple de cette mère, la question pourrait devenir :

Quelle personne ai-je envie d’être avec mon enfant, même lorsque l’inquiétude est là ?

Peut-être une mère calme, soutenante, aimante, disponible.

Alors, au lieu de chercher uniquement à faire disparaître l’inquiétude, elle peut commencer à chercher de petites actions qui correspondent à ces valeurs.

Cela peut être ne pas donner immédiatement un conseil.

Poser une question plutôt que chercher une solution.

Accepter de ne pas tout savoir.

S’offrir une soirée sans vérifier constamment son téléphone.

Faire quelque chose qui lui fait du bien sans considérer qu’elle abandonne pour autant son enfant.

Ce sont de petites choses. Mais elles peuvent progressivement modifier la dynamique.

L’ACT ne demande pas de faire un grand changement héroïque. Elle invite plutôt à identifier le petit pas possible dans la direction de la personne que nous souhaitons être.

Se libérer d’un schéma répétitif ne signifie pas ne plus jamais y revenir

J’aime cette idée parce qu’elle enlève beaucoup de pression.

Se libérer d’un schéma répétitif ne signifie pas que celui-ci va disparaître définitivement. Nous pouvons continuer à avoir envie de dire oui alors que nous souhaitons dire non. Nous pouvons recommencer à ruminer. Nous pouvons redevenir anxieux lorsque quelqu’un que nous aimons traverse une difficulté.

La différence est peut-être ailleurs.

Nous pouvons apprendre à reconnaître plus rapidement ce qui se passe.

« Tiens, je suis à nouveau en train de vouloir tout contrôler. »

« Voilà ma tendance à chercher encore et encore la solution. »

« Je remarque que je suis en train de me raconter que je dois absolument régler cette situation. »

Et à partir de là, une question peut apparaître : est-ce que je veux continuer dans cette direction ?

Il ne s’agit pas de lutter contre soi-même. Il s’agit de retrouver une marge de liberté.

Parfois, le changement commence simplement là.

Et si le changement était beaucoup plus petit que ce que nous imaginons ?

Lorsque nous nous sentons bloqués, nous cherchons souvent une grande solution. Nous voulons comprendre pourquoi nous sommes comme nous sommes. Nous voulons enfin trouver la bonne méthode pour ne plus recommencer.

Mais peut-être que nous pouvons commencer autrement.

Observer une situation précise.

Repérer la boucle.

Identifier ce que nous essayons de contrôler.

Puis nous demander : qu’est-ce qui compte vraiment pour moi dans cette situation ?

Pas l’objectif que je pense devoir atteindre. Pas ce que les autres attendent de moi. Pas nécessairement « réussir », « avoir raison », « être une bonne mère », « être performant » ou « ne jamais décevoir ».

Mais plutôt : être présent. Être une personne aimante. Être libre. Être authentique. Prendre soin. Cultiver mes relations. Être plus serein. Donner une place à ce qui me nourrit.

Les valeurs sont des directions, pas des destinations.

Nous n’avons jamais « réussi » à être définitivement une personne calme, généreuse ou présente. Nous pouvons simplement choisir, aujourd’hui, une action qui va dans cette direction.

Et parfois cette action est minuscule.

Dire non à une demande.

Ne pas envoyer ce message supplémentaire.

Aller marcher au lieu de continuer à ruminer.

Écouter son enfant sans chercher immédiatement à résoudre son problème.

S’arrêter cinq minutes.

Demander de l’aide.

Faire quelque chose qui nous fait du bien sans culpabiliser.

Ce sont ces petits mouvements qui peuvent progressivement créer un autre cercle.

Sortir de la boucle pour retrouver son chemin

Je crois que nous n’avons pas toujours besoin de comprendre davantage.

Parfois, nous avons besoin d’observer autrement.

De ralentir suffisamment pour voir la boucle dans laquelle nous sommes pris. De reconnaître nos stratégies de protection sans les juger. De retrouver ce qui compte vraiment pour nous. Et surtout, d’expérimenter de nouvelles manières d’agir, progressivement.

C’est le travail que je propose dans mes accompagnements en ACT et dans Chemin de Clarté.

Il ne s’agit pas de devenir une autre personne, ni de supprimer toutes les difficultés de notre vie. Il s’agit de retrouver davantage de liberté dans notre manière d’y répondre et de remettre progressivement nos actions en cohérence avec ce qui est important pour nous.

Si vous avez l’impression de reproduire toujours les mêmes situations, de trop réfléchir, de trop en faire, de ne pas réussir à poser vos limites ou de vous retrouver régulièrement dans des réactions qui ne correspondent pas à la personne que vous aimeriez être, cela peut être un signal intéressant à écouter.

Non pas pour vous demander encore une fois : « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »

Mais peut-être simplement :

« Quelle personne ai-je envie d’être, même lorsque les difficultés ou les inconforts sont là ? »

Et quel serait, aujourd’hui, le plus petit pas possible dans cette direction ?

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