Logotype Amélie Belgrand - Accompagnements et présence thérapeutique en France et en Suisse

Vacances sans vraie coupure : pourquoi le repos seul ne suffit pas

Il y a quelques jours, une cliente est revenue me voir après ses vacances. Elle semblait presque surprise elle-même lorsqu’elle m’a dit : « Je crois que je suis encore plus fatiguée qu’avant de partir. »

Son séjour avait pourtant tout pour faire envie. Du soleil, quelques semaines loin du travail, des moments en famille, un rythme différent. Elle était partie avec l’espoir de retrouver de l’énergie, de souffler enfin après des mois intenses.

Et pourtant, elle avait le sentiment de revenir avec une fatigue différente. Une fatigue plus émotionnelle. La chaleur avait rendu les journées éprouvantes, les enfants avaient demandé beaucoup de présence, certaines tensions familiales avaient pris plus de place dans ce temps où chacun était davantage disponible. Elle n’avait pas vraiment récupéré. Elle avait eu l’impression d’avoir porté une charge supplémentaire.

Et peut-être que vous vous reconnaissez dans cette expérience.

Peut-être êtes-vous déjà revenu de vacances avec cette sensation étrange : celle d’avoir changé de lieu, mais de ne pas avoir vraiment changé d’état intérieur. Comme si votre corps avait fait une pause, mais que votre esprit, lui, était resté en mouvement.

Car nous avons parfois une attente très forte envers les vacances. Nous espérons qu’elles vont réparer ce que les mois précédents ont abîmé. Nous attendons d’elles qu’elles fassent disparaître le stress, qu’elles apaisent l’anxiété, qu’elles nous rendent notre énergie.

Mais notre monde intérieur ne fonctionne pas comme une batterie que l’on recharge simplement en branchant le corps quelques jours au repos.

Repos émotionnel : pourquoi les vacances ne suffisent pas toujours à récupérer

Le repos physique est essentiel. Dormir davantage, ralentir, retrouver du temps pour soi, sortir du rythme habituel sont de véritables ressources.

Mais il existe une autre fatigue, plus discrète, qui demande une autre forme d’attention : la fatigue émotionnelle.

Celle qui vient lorsque nous avons beaucoup porté pendant longtemps. Lorsque nous avons dû nous adapter, gérer, anticiper, prendre soin des autres, tenir malgré la fatigue. Lorsque nous avons continué à avancer alors qu’une partie de nous aurait eu besoin d’être écoutée.

Cette fatigue-là ne disparaît pas toujours simplement parce que nous sommes au bord de la mer ou dans un endroit agréable.

Car nous emportons avec nous notre manière de vivre les choses. Nous emportons nos inquiétudes, nos exigences, nos pensées, nos habitudes de contrôle ou notre difficulté à nous arrêter vraiment.

Changer de décor est précieux, mais cela ne transforme pas automatiquement notre relation à ce que nous vivons.

Quand les vacances font remonter ce qui était resté en arrière-plan

Il arrive même que les vacances donnent davantage de place à ce qui était déjà présent.

Pendant l’année, le rythme nous aide parfois à tenir. Les journées sont remplies, les obligations s’enchaînent et nous avançons sans toujours avoir l’espace nécessaire pour écouter ce qui se passe à l’intérieur.

Puis arrive le ralentissement.

Et avec lui peuvent apparaître des émotions que nous n’avions pas vraiment eu le temps de rencontrer.

Des inquiétudes, une sensation de vide, de la tristesse, de l’irritabilité, une fatigue profonde…

Certaines personnes s’étonnent alors de ressentir plus d’anxiété pendant leurs vacances. Pourtant, ce n’est pas forcément que quelque chose va plus mal. C’est parfois simplement que le silence permet d’entendre ce qui demandait déjà de l’attention.

Les vacances ne créent pas toujours nos inconforts. Elles peuvent simplement les rendre plus visibles.

La récupération après un épuisement se construit bien au-delà des vacances

Nous vivons souvent avec cette idée qu’il faudrait tenir toute l’année et attendre les vacances pour enfin respirer.

Comme si ces quelques semaines devaient réparer onze mois passés à avancer trop vite.

Bien sûr, les vacances ont leur importance. Elles peuvent nous offrir une respiration, des souvenirs, une reconnexion avec ce qui nous fait du bien. Mais elles ne peuvent pas être le seul endroit où nous prenons soin de nous.

Notre équilibre intérieur se construit aussi dans les journées ordinaires.

Dans la façon dont nous nous écoutons lorsque nous sommes fatigués.

Dans notre capacité à reconnaître nos limites.

Dans les petits espaces que nous nous accordons pour revenir à nous.

Dans notre manière d’être présent à ce que nous vivons, plutôt que de fonctionner uniquement en mode adaptation.

Prendre soin de sa vie intérieure n’est pas quelque chose que l’on commence uniquement lorsque tout devient trop lourd. C’est une attention qui se cultive peu à peu, pour traverser plus sereinement les périodes où la vie nous demande davantage.

Traverser l’inconfort plutôt que passer sa vie à l’éviter

C’est une image qui m’accompagne souvent : celle d’un col de montagne.

Lorsque nous sommes en pleine montée, il arrive que nous ne voyions plus que l’effort. Le chemin semble long, la pente difficile, et nous pouvons avoir l’impression que nous n’arriverons jamais au bout.

Pourtant, nous savons qu’au-delà du sommet, un autre paysage nous attend.

Les émotions difficiles ressemblent parfois à cette ascension. Nous aimerions souvent pouvoir éviter l’inquiétude, l’angoisse, le doute ou la fatigue. Nous aimerions retrouver rapidement un terrain plus confortable.

Mais chercher à supprimer toutes les émotions inconfortables peut devenir épuisant. Une grande partie de notre énergie peut alors être consacrée à lutter contre ce qui est déjà là.

Une autre voie existe.

Celle qui consiste à apprendre progressivement à accueillir ce qui nous traverse, sans nous laisser entièrement définir par cela. À reconnaître une émotion sans lui donner tout le pouvoir. À continuer d’avancer vers ce qui compte pour nous, même lorsque tout n’est pas parfaitement apaisé.

C’est là que quelque chose change profondément.

Les difficultés extérieures existent toujours. Les vacances peuvent être fatigantes. Les relations peuvent être complexes. La vie continuera d’apporter ses imprévus.

Mais notre capacité à les traverser devient différente.

Comme le marcheur qui connaît la montagne, nous savons qu’un passage difficile n’est pas toute la route.

Retrouver une relation plus douce avec soi

C’est ce que je transmets dans mes accompagnements.

Il ne s’agit pas d’apprendre à ne plus ressentir d’émotions difficiles ou de construire une vie sans inconfort. Cette vie-là n’existe pas.

Il s’agit plutôt de développer une relation différente avec ce qui nous traverse. De retrouver davantage de liberté intérieure. D’apprendre à faire de la place à ses émotions tout en continuant à avancer vers une vie qui a du sens.

Les vacances continueront d’être des moments précieux pour souffler. Mais elles n’ont pas à porter seules la responsabilité de notre équilibre.

La véritable récupération commence souvent bien avant.

Elle naît dans cette attention quotidienne que nous nous accordons, dans la manière dont nous habitons nos journées et dans la qualité de la relation que nous entretenons avec nous-mêmes.

Et parfois, le plus beau changement n’est pas de réussir enfin à ne plus être fatigué.

C’est de découvrir que, même dans les moments plus difficiles, nous avons en nous les ressources pour traverser le chemin.

 

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