Logotype Amélie Belgrand - Accompagnements et présence thérapeutique en France et en Suisse

Aidant épuisé : prendre soin de soi quand on donne tout aux autres

J’entends parfois cette phrase chez des clientes : « Je sais que je devrais penser un peu plus à moi, mais je n’y arrive pas. »

Derrière ces mots se trouve souvent une grande générosité. Celle de personnes qui aiment profondément, qui veulent être présentes, qui souhaitent soulager, accompagner et soutenir un proche confronté à la maladie, au handicap, au vieillissement ou à une période de vie difficile.

Elles donnent beaucoup. Par amour. Par fidélité. Par sens des responsabilités.

Mais parfois, petit à petit, quelque chose se déséquilibre.

Sans même s’en rendre compte, l’aidant commence à porter une responsabilité qui dépasse ce qui est réellement possible pour un être humain. Il pense à tout, anticipe tout, cherche des solutions, essaie d’éviter les difficultés. Il devient celui ou celle qui tient, qui organise, qui rassure.

Et puis un jour, la fatigue apparaît. Une fatigue du corps, mais aussi une fatigue intérieure. Celle de devoir être constamment disponible, de ne jamais vraiment déposer ce que l’on porte.

À l’approche des vacances, cette question devient parfois encore plus présente : comment prendre du temps pour soi lorsque quelqu’un que l’on aime a besoin de nous ?

Quand aider devient porter tout le poids de l’autre

Lorsque je me suis formée à la relation d’aide en 2011, j’ai eu de grandes prises de conscience concernant une posture dans laquelle il est facile de tomber : celle du sauveur.

Cette posture part pourtant d’une belle intention. Elle naît souvent d’un élan du cœur : vouloir soulager l’autre, diminuer sa souffrance, trouver une solution, éviter qu’il traverse des moments trop difficiles.

Le sujet n’est évidemment pas l’envie d’aider. Cette envie est profondément humaine et précieuse.

La question est plutôt de se demander : est-ce que cette partie de moi qui veut sauver est toujours réellement aidante ?

Cette réflexion me ramène souvent à ce que nous vivons avec nos enfants. Faut-il toujours les sauver ? Faut-il toujours intervenir, anticiper leurs difficultés, chercher à leur éviter toute souffrance ?

Ou pouvons-nous parfois rester présents autrement ?

Être là, sans forcément tout régler. Écouter. Observer. S’ajuster.

Car c’est dans la présence que nous retrouvons notre capacité d’adaptation. Lorsque nous sommes uniquement pris dans notre mental qui cherche à résoudre les problèmes, nous risquons de perdre le contact avec une autre forme d’intelligence : notre intuition, cette perception plus subtile qui nous permet parfois de sentir ce qui est juste dans une situation donnée.

De cette présence peut alors émerger plus de justesse et de sagesse.

La culpabilité de l’aidant : entre amour et épuisement

Je rencontre cette dynamique chez de nombreux proches aidants, mais aussi chez certains parents. Ils aiment tellement la personne qu’ils accompagnent qu’ils finissent parfois par s’oublier eux-mêmes.

Ils se sentent responsables du bien-être de l’autre. Ils culpabilisent lorsqu’ils prennent du temps pour eux. Ils se demandent s’ils ont le droit de se reposer alors qu’un proche souffre.

Comme si deux réalités ne pouvaient pas coexister : prendre soin de soi ou prendre soin de l’autre.

Pourtant, être proche aidant confronte à une réalité profondément humaine : nous pouvons aimer quelqu’un de tout notre cœur et être malgré tout fatigué, triste, dépassé ou avoir besoin d’espace.

Ces émotions ne signifient pas un manque d’amour.

Elles témoignent simplement des limites naturelles d’un être humain.

Lorsque nous nous épuisons à vouloir tout gérer, quelque chose se transforme aussi dans la relation. Nous perdons parfois notre disponibilité intérieure. Nous sommes davantage dans l’urgence, l’inquiétude ou le contrôle.

Nous sommes présents physiquement, mais parfois moins disponibles émotionnellement.

Prendre soin de soi ne consiste donc pas à choisir entre soi et l’autre.

La véritable question devient plutôt : comment trouver un équilibre entre ce qui est important pour mon proche et ce qui est nécessaire pour que je puisse continuer à avancer moi aussi ?

Accompagner sans se perdre

Il existe une différence essentielle entre accompagner quelqu’un et essayer de vivre sa vie à sa place.

Accompagner, c’est être là. C’est soutenir.

C’est offrir une présence, une écoute, une aide ajustée lorsque cela est possible.

Mais accompagner ne signifie pas pouvoir enlever la souffrance de l’autre.

Cette réalité est parfois douloureuse à accepter. Lorsque nous aimons quelqu’un, nous aimerions pouvoir lui éviter toutes les difficultés. Pourtant, certaines expériences appartiennent au chemin de l’autre, même lorsque nous marchons à ses côtés.

Trouver cet équilibre demande beaucoup de douceur envers soi-même.

Il ne s’agit pas de devenir un aidant parfait, toujours patient, toujours disponible, toujours serein.

Il s’agit plutôt d’apprendre à être un aidant humain.

Un aidant qui fait de son mieux, qui ajuste ses actions, qui reconnaît ses limites et qui accepte que la relation puisse être imparfaite, mais profondément vivante.

Les vacances : un espace pour reprendre son souffle

Les périodes de vacances peuvent être particulièrement délicates pour les proches aidants.

Alors que cette période est souvent associée au repos, aux voyages ou aux moments pour soi, une autre réalité peut être présente : l’inquiétude de laisser son proche, la peur de ne pas être suffisamment là, la culpabilité de profiter.

Pourtant, retrouver un espace personnel n’est pas une trahison.

C’est aussi une manière de nourrir la relation.

Lorsque nous sommes épuisés, notre présence devient parfois plus lourde, plus tendue, moins spontanée.

Lorsque nous retrouvons un peu d’énergie, de joie et de respiration, quelque chose change aussi dans notre manière d’accompagner.

Une énergie plus légère peut alors circuler dans la relation.

Retrouver une juste place

Dans l’approche ACT, nous explorons souvent cette question : comment avancer dans une situation difficile tout en restant connecté à ce qui compte vraiment ?

Il ne s’agit pas de supprimer la souffrance liée à la situation d’un proche. Certaines douleurs font partie de la vie et méritent d’être accueillies.

Mais il est possible d’apprendre à vivre avec cette réalité sans que toute notre existence soit organisée autour d’elle.

Cela peut commencer par quelques questions simples :

De quoi ai-je besoin pour continuer à être présent dans cette relation ?

Quelles sont les choses importantes pour moi que je ne souhaite pas abandonner ?

Comment puis-je accompagner cette personne que j’aime tout en restant moi-même ?

Ces questions ouvrent un nouvel espace.

Un espace où l’amour n’est plus associé uniquement au sacrifice, mais aussi à une présence plus libre, plus ajustée et plus vivante.

S’ajuster pour mieux aider

Être proche aidant est une expérience profondément humaine, qui demande beaucoup de cœur, d’adaptation et de courage.

Mais prendre soin de quelqu’un ne devrait pas signifier disparaître soi-même.

Si vous avez le sentiment de tout porter, de vous sentir responsable de tout, ou si la culpabilité vous empêche de prendre soin de vos propres besoins, il peut être précieux d’être accompagné pour retrouver un équilibre.

Dans mes accompagnement, j’aide les personnes qui souhaitent retrouver davantage de clarté, de sérénité et de cohérence dans leur vie, tout en continuant à être présentes pour ceux qui comptent pour elles.

Parce qu’il est possible d’aimer profondément quelqu’un sans s’oublier soi-même.

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