Logotype Amélie Belgrand - Accompagnements et présence thérapeutique en France et en Suisse

Anxiété chronique : quand votre corps vous parle avant votre tête

Il y a quelques semaines, une femme est venue me voir parce qu’elle avait le sentiment de ne plus réussir à profiter de sa vie. Son travail occupait une place de plus en plus importante dans son quotidien. Les responsabilités s’accumulaient, les échéances se rapprochaient, elle avait une difficulté relationnelle avec un collègue et son esprit semblait ne jamais s’arrêter. Même le soir, lorsqu’elle retrouvait sa famille, une partie d’elle était encore au bureau.

Elle me disait : « Je suis avec mes enfants ou mon compagnon mais je ne suis pas vraiment là. Mon corps est à la maison, mais ma tête continue de travailler. »

Ce qui la faisait le plus souffrir n’était pas uniquement le stress lié à son travail. C’était surtout le décalage entre la mère qu’elle souhaitait être et celle qu’elle avait l’impression de devenir. Plus elle s’inquiétait pour son travail, plus elle s’éloignait des moments de présence qu’elle voulait vivre avec ses proches. Puis venait la culpabilité de ne pas être suffisamment disponible, qui alimentait à son tour son anxiété. Sans même s’en rendre compte, un cercle vicieux s’était progressivement installé.

Quand l’anxiété s’installe discrètement

Nous imaginons souvent l’anxiété comme une émotion intense qui apparaît soudainement. Pourtant, lorsqu’elle devient chronique, elle prend bien souvent une autre forme. Elle s’installe avec discrétion dans notre quotidien. Elle accompagne nos journées sans faire beaucoup de bruit. Nous nous habituons à vivre avec une tension permanente, à réfléchir sans cesse, à anticiper les problèmes avant même qu’ils n’existent.

Peu à peu, cet état devient presque normal. Nous finissons par croire que nous sommes « comme ça », que notre personnalité est anxieuse. Pourtant, l’anxiété chronique n’est pas une identité. C’est souvent le signe qu’une partie de nous essaie de nous protéger, parfois avec beaucoup de maladresse.

Le mental cherche des solutions, mais le corps nous montre le chemin

Lorsque nous souffrons d’anxiété, notre premier réflexe est souvent de chercher à comprendre. Nous analysons les situations, nous cherchons la bonne décision, nous essayons d’anticiper tous les scénarios possibles. Le mental travaille sans relâche dans l’espoir de retrouver un sentiment de sécurité.

Mais il arrive un moment où réfléchir davantage n’apporte plus de réponses. Au contraire, les ruminations entretiennent l’inquiétude et nous éloignent de ce que nous vivons réellement.

Pendant ce temps, le corps continue de nous parler. Il nous envoie des signaux que nous apprenons souvent à ignorer : une respiration plus courte, une fatigue qui ne disparaît pas malgré le repos, des épaules constamment tendues, un sommeil léger, une boule dans le ventre ou dans la poitrine.

Ces manifestations sont parfois vécues comme des symptômes dont il faudrait se débarrasser rapidement. Pourtant, elles peuvent aussi devenir de précieux indicateurs. Le corps nous montre qu’il porte une charge devenue trop importante. Il nous invite à ralentir et à écouter ce qui se joue plus profondément.

Le corps et le mental s’influencent en permanence

Au fil de nos rencontres, cette cliente a commencé à observer avec davantage de douceur ce qui se passait en elle. Elle a découvert que plus son corps restait tendu, plus son mental produisait de pensées inquiètes. Et plus ces pensées se multipliaient, plus son corps demeurait en état d’alerte.

Elle n’était pas prisonnière d’un problème uniquement psychologique ni uniquement physique. Les deux se répondaient sans cesse.

Comprendre cette interaction a constitué un véritable tournant. Non pas parce que son anxiété a disparu du jour au lendemain, mais parce qu’elle a commencé à la regarder autrement. Au lieu de lutter contre elle, elle a appris à reconnaître les premiers signaux de son corps, avant que les ruminations ne prennent toute la place.

Lorsque l’anxiété révèle un décalage avec ce qui compte vraiment

Dans l’approche ACT, nous considérons souvent que les émotions difficiles ne sont pas seulement des obstacles à éliminer. Elles peuvent aussi devenir des informations précieuses.

En poursuivant son cheminement, cette femme a réalisé que son travail occupait progressivement tout l’espace. Sans l’avoir choisi consciemment, elle avait laissé ses journées être entièrement organisées autour des urgences, des attentes des autres et de la peur de ne pas être à la hauteur. Les moments de présence avec sa famille, pourtant profondément importants pour elle, étaient devenus secondaires.

Son anxiété n’était pas seulement liée à la quantité de travail. Elle exprimait aussi le décalage entre la vie qu’elle vivait et les valeurs qui étaient essentielles pour elle.

C’est une situation que je rencontre souvent en accompagnement. Lorsque nous nous éloignons durablement de ce qui nourrit notre vie, notre corps finit parfois par nous rappeler, à sa manière, qu’un réajustement est nécessaire.

Retrouver de l’espace pour ce qui est vivant

Le changement ne s’est pas fait en transformant toute sa vie du jour au lendemain. Il s’est construit à travers de petits ajustements. Quelques respirations conscientes avant de rentrer chez elle. Le choix de fermer son ordinateur à une heure définie. Des moments pleinement consacrés à ses enfants, même s’ils étaient courts. Une attention nouvelle portée aux tensions de son corps, non plus comme des ennemies, mais comme des indicateurs.

Progressivement, le cercle vicieux a laissé place à un cercle plus vertueux. Plus elle se reconnectait à ses valeurs, plus elle retrouvait de l’énergie. Plus elle retrouvait de la présence, moins son anxiété dirigeait ses choix. Les difficultés professionnelles n’avaient pas disparu, mais elles n’occupaient plus toute la place.

Une invitation

Si vous avez parfois l’impression que votre mental tourne sans relâche, que votre corps reste tendu et que vous vous éloignez peu à peu de la vie que vous souhaitez vraiment vivre, peut-être que votre anxiété essaie de vous dire quelque chose.

Nous cherchons souvent à la faire taire, alors qu’elle peut devenir une invitation à retrouver davantage de cohérence entre notre quotidien et ce qui est profondément important pour nous.

Dans mon accompagnement Chemin de Clarté, j’aide les personnes qui souhaitent sortir des ruminations, retrouver un espace intérieur plus paisible et avancer vers une vie plus alignée avec leurs valeurs. Ce chemin ne consiste pas à devenir quelqu’un d’autre, mais à se reconnecter progressivement à ce qui est déjà vivant en soi.

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