L’anxiété chronique peut commencer de manière discrète, à travers des symptômes que le corps manifeste parfois avant même que nous en ayons pleinement conscience.. Une inquiétude en entraîne une autre, puis une autre encore. On anticipe une conversation, on imagine ce qui pourrait mal se passer, on cherche la bonne décision, la bonne manière de faire. Et même lorsque tout semble aller à peu près bien autour de nous, quelque chose à l’intérieur reste en tension.
C’est une expérience que je rencontre régulièrement dans mes accompagnements. Des personnes intelligentes, sensibles, souvent très responsables, qui ont pris l’habitude de réfléchir beaucoup, de prévoir, d’anticiper et de chercher à bien faire. Elles viennent parfois me voir parce qu’elles se sentent épuisées, qu’elles dorment moins bien, qu’elles ont le sentiment de ne plus profiter de leur vie ou qu’elles ne comprennent plus comment arrêter ce mental qui tourne en boucle.
En ce moment j’écoute régulièrement Alan Watts, il me rappelle cette tendance du mental à transformer ce qui ne se passe pas comme prévu en « problème ». La vie se déroule d’une certaine manière, nous avions imaginé autre chose, et immédiatement notre esprit se met au travail pour comprendre, corriger, contrôler et trouver une solution.
Comme si la vie devait correspondre au scénario que nous avions prévu pour être acceptable.
Mais peut-être que quelque chose d’autre est possible.
Quand le mental transforme ce qui est en problème
Nous avons besoin de notre mental. Il nous permet de réfléchir, d’anticiper, de prendre des décisions, d’organiser notre vie et de résoudre de nombreux problèmes concrets. Il n’est donc pas question ici de s’en débarrasser ni de lui demander de se taire.
Mais il arrive que cette capacité devienne envahissante. Le mental peut alors sembler avoir besoin d’un problème à résoudre en permanence. Même lorsqu’une difficulté est passée, il continue à chercher ce qui pourrait arriver ensuite. Il revient sur ce qui aurait pu être différent, imagine ce qui pourrait mal tourner et tente de trouver une sécurité qui, dans la réalité, n’existe jamais complètement.
C’est souvent ainsi que l’anxiété chronique s’installe. Pas nécessairement à travers une grande peur clairement identifiée, mais par une succession de petites inquiétudes qui finissent par occuper une grande partie de notre espace intérieur.
Nous pensons que si nous réfléchissons suffisamment, nous finirons par trouver la solution qui nous permettra enfin de nous sentir en sécurité.
Et pourtant, plus nous cherchons à résoudre certaines incertitudes, plus elles semblent se multiplier.
Pendant ce temps, le corps, lui, raconte souvent une autre histoire.
Une respiration qui devient plus courte. Une tension dans les épaules. Une mâchoire serrée. Une fatigue persistante. Des réveils nocturnes. Une sensation d’oppression ou de boule dans le ventre. Une difficulté à ralentir même lorsque rien ne nous y oblige réellement.
Ces manifestations peuvent être les premiers signes que quelque chose demande notre attention.
Nous avons tendance à les considérer comme des symptômes à faire disparaître. Pourtant, elles peuvent aussi être des informations. Le corps nous montre qu’il se passe quelque chose dans notre manière de vivre, de penser ou de nous relationner avec ce qui nous arrive.
Il ne s’agit évidemment pas d’interpréter chaque sensation comme le signe d’un problème psychologique. Le corps peut être malade, fatigué, douloureux, et certains symptômes nécessitent un avis médical. Mais lorsque l’anxiété s’installe dans la durée, apprendre à observer le lien entre notre état intérieur, nos pensées et nos sensations corporelles peut ouvrir un chemin précieux.
Car le corps ne raisonne pas comme le mental. Il ressent.
Et parfois, ressentir nous permet de voir ce que nous ne parvenons plus à penser clairement.
Retrouver le corps et le présent
Cette question du rapport entre le mental et le corps résonne aussi avec mon propre parcours. J’ai longtemps été très dans le mental, avec un besoin important de comprendre, d’analyser, de chercher les raisons et les solutions. Comprendre me rassurait. Je pensais qu’en trouvant les bonnes réponses, je pourrais mieux avancer.
Et puis, progressivement, mon chemin m’a ramenée vers le corps et vers une autre manière d’être présente à ce que je vivais. Apprendre à ressentir, à respirer, à observer ce qui se passe en moi sans chercher immédiatement à l’expliquer. Revenir à ce qui est là, dans l’instant, plutôt que de vivre constamment dans ce qui pourrait être ou dans ce qui a déjà été.
Ce déplacement du mental vers le corps ne m’a pas amenée à renoncer à comprendre. Il m’a plutôt permis de trouver un autre équilibre, une manière de réunir ce que je pensais avec ce que je ressentais, et de retrouver davantage de présence dans ma vie.
C’est aussi pour cette raison que les outils que je propose aujourd’hui dans mes accompagnements sont des approches que j’ai moi-même expérimentées. La sophrologie, le travail autour des valeurs, l’ACT et cette attention portée au corps ne sont pas pour moi de simples techniques apprises dans des formations. Ce sont des chemins que j’ai explorés personnellement et qui m’ont aidée à avancer.
Je crois profondément à ce que je transmets parce que je sais, par expérience, qu’il est possible de retrouver de l’espace lorsque le mental prend trop de place. Pas en cherchant à le faire taire, mais en apprenant progressivement à revenir à soi, au corps, au présent et à ce qui compte vraiment.
Accepter ce qui est sans renoncer à agir
C’est souvent à cet endroit qu’une inquiétude apparaît : si je lâche prise, est-ce que je ne vais pas devenir passive ? Si j’arrête de chercher des solutions, est-ce que je ne vais pas laisser les choses se dégrader ? Si je me laisse aller à ce qui est, est-ce que je ne vais pas perdre mon temps, ma vie, ma capacité à avancer ?
Ces questions sont importantes, parce que l’acceptation est parfois mal comprise.
Accepter ce qui est ne signifie pas approuver. Cela ne signifie pas non plus renoncer à agir ou laisser les autres décider à notre place.
Cela signifie reconnaître honnêtement la réalité du moment, plutôt que de dépenser toute notre énergie à lutter intérieurement contre le fait qu’elle soit différente de ce que nous aurions souhaité.
La vie ne suit pas toujours nos plans. Les autres ne se comportent pas toujours comme nous le voudrions. Certaines situations ne peuvent pas être contrôlées. Et nous pouvons passer énormément d’énergie à discuter mentalement avec cette réalité.
« Cela ne devrait pas être comme ça. »
« Il faudrait qu’il comprenne. »
« Je devrais être différente. »
« Si seulement les choses étaient autrement… »
Cette lutte est épuisante.
Et paradoxalement, c’est souvent lorsque nous cessons de nous battre intérieurement contre ce qui est déjà là que nous retrouvons davantage de liberté pour agir.
L’approche ACT ne nous invite donc pas à nous résigner. Elle nous propose plutôt de faire une distinction entre ce que nous pouvons contrôler et ce que nous ne pouvons pas contrôler, afin de retrouver notre énergie pour ce qui dépend réellement de nous.
La question devient alors moins : « Comment faire pour que cette situation change enfin ? » et davantage : « Quelle personne ai-je envie d’être, même lorsque les difficultés ou les inconforts sont là ? »
Cette question ouvre une autre possibilité.
Retrouver ce qui compte pour créer sa vie plutôt que la subir
L’anxiété chronique peut progressivement modifier notre manière de vivre. Nous évitons certaines situations. Nous repoussons des projets. Nous sommes moins disponibles pour nos proches. Nous avons moins d’énergie pour ce qui nous nourrit. Nous renonçons parfois à des choses importantes parce que nous attendons de nous sentir suffisamment bien, suffisamment sûrs ou suffisamment prêts.
Et c’est ainsi qu’un paradoxe peut apparaître : nous passons beaucoup de temps à essayer de retrouver la sécurité, mais nous avons de moins en moins de place pour vivre la vie qui nous importe.
Dans l’approche ACT, nous ne cherchons pas à nous mettre davantage de pression pour devenir une meilleure version de nous-mêmes. Nous cherchons plutôt à identifier ce qui est profondément important pour nous, puis à créer des habitudes et des actions qui nous permettent de donner progressivement une place concrète à ces valeurs dans notre quotidien.
Cela peut être très simple.
Choisir de fermer son ordinateur à une certaine heure pour être réellement présente auprès de ses enfants. Prendre quelques minutes pour marcher dehors et sentir son corps plutôt que continuer à ruminer. Appeler une personne qui compte. Dire non à quelque chose qui ne correspond plus à ses priorités. Reprendre une activité abandonnée. S’accorder un moment de silence.
Ces actions peuvent sembler petites. Elles ne le sont pas.
Elles nous permettent progressivement de redevenir créateurs de notre quotidien, plutôt que de laisser l’anxiété, la peur ou les exigences du moment décider entièrement à notre place.
Et c’est souvent ainsi que se construit le changement : non pas dans un grand bouleversement, mais dans une succession de petits choix qui nous rapprochent de ce qui compte.
Peut-être que la paix que nous cherchons ne viendra jamais de la certitude que tout ira bien.
La vie restera imprévisible. Des événements échapperont à notre contrôle. Certaines personnes nous décevront. Des projets ne se dérouleront pas comme prévu.
Mais nous pouvons apprendre à ne plus faire dépendre notre paix de notre capacité à tout prévoir.
Nous pouvons apprendre à faire une place à l’incertitude, à nos émotions, à nos pensées et à nos sensations, tout en continuant à avancer.
Une autre manière d’habiter sa vie
Il y a des choses à transformer, bien sûr. Des décisions à prendre, des limites à poser, des actions à entreprendre. L’idée n’est pas de rester immobile en attendant que la vie décide pour nous.
Mais il y a aussi des moments où notre travail consiste simplement à cesser de lutter contre ce qui est, pour pouvoir enfin être présent à ce qui est là.
Et peut-être qu’à partir de cette présence, nous voyons plus clairement ce que nous avons réellement envie de faire.
Si votre mental tourne beaucoup, si vous avez du mal à ralentir ou si vous avez le sentiment que l’anxiété prend progressivement trop de place dans votre vie, il peut être intéressant de commencer autrement que par la recherche d’une nouvelle solution.
Peut-être en vous arrêtant quelques instants.
En observant votre respiration, vos tensions, votre fatigue, vos pensées.
En vous demandant ce qui, derrière toute cette inquiétude, compte réellement pour vous.
L’objectif n’est pas de construire une vie sans anxiété, sans difficultés ou sans incertitude. Il s’agit plutôt de retrouver suffisamment d’espace intérieur pour ne plus laisser l’anxiété décider seule de la direction que vous prenez.
C’est ce que nous explorons dans mon accompagnement Chemin de Clarté, à travers la thérapie ACT, la sophrologie et une attention particulière portée au corps et au vécu de chacun.
Ces approches sont aussi celles que j’ai rencontrées et expérimentées sur mon propre chemin, et qui m’ont progressivement aidée à sortir d’une vie trop souvent vécue dans ma tête pour retrouver davantage de présence et de simplicité.
Aujourd’hui, c’est cette expérience que j’ai envie de mettre au service des personnes que j’accompagne.
Retrouver de la clarté, ce n’est peut-être pas enfin trouver toutes les réponses.
C’est parfois simplement apprendre à faire confiance à ce qui, en nous, sait déjà dans quelle direction nous avons envie d’aller.
